© Reuters. L’armée s’est déployée mardi dans deux régions d’Afrique du Sud pour venir en aide à des policiers débordés face à la multiplication des violences après l’incarcération de Jacob Zuma. /Photo prise le 13 juillet 2021/REUTERS/Siphiwe Sibeko

par Alexander Winning et Wendell Roelf

JOHANNESBURG (Reuters) – Des affrontements ont opposé mardi en Afrique du Sud des foules de contestataires et les forces de l’ordre, faisant plusieurs dizaines de morts, tandis que des centres commerciaux ont été pillés ou incendiés dans ce qui constituent les plus importantes violences dans le pays depuis des années.

Ces troubles font suite à l’incarcération la semaine dernière de l’ancien président Jacob Zuma, qui s’est rendu aux autorités pour purger une peine de quinze mois de prison pour outrage au tribunal.

Dans un communiqué publié dans la soirée, la police nationale a indiqué qu’au moins 72 personnes avaient péri dans les troubles et que 1.234 autres avaient été arrêtées au cours des derniers jours.

L’armée a été déployée dans la journée dans deux régions du pays pour venir en aide à des policiers débordés face à la multiplication des violences.

Quelque 2.500 militaires vont être envoyés dans la province de KwaZulu-Natal, fief de Jacob Zuma et principal théâtre d’incidents, où 26 personnes ont trouvé la mort, et dans celle de Gauteng, dont la plus grande ville est Johannesburg et où quatre personnes ont été tuées selon les autorités.

Des soldats vont prendre position sur des sites stratégiques comme les aéroports, a déclaré la ministre sud-africaine de la Défense, Nosiviwe Mapisa-Nqakula, selon qui le pays n’est pas encore en situation d’état d’urgence.

Le gouvernement, a ajouté la ministre, n’avait pas anticipé l’ampleur des pillages et continue d’évaluer le nombre de militaires à déployer.

Les émeutes sont également alimentées par la persistance de la pauvreté et des inégalités et l’impact économique des restrictions mises en place pour lutter contre le COVID-19.

Au cours d’une allocution lundi soir, le président Cyril Ramaphosa a accusé des groupes de provoquer le chaos afin de se livrer à des vols et des saccages.

Jacob Zuma et ses partisans, toujours influents au sein du Congrès national africain (ANC), le parti au pouvoir, accusent quant à eux le chef de l’Etat de mener une campagne de répression à leur encontre.

L’ancien chef de l’Etat, qui est âgé de 79 ans, a été condamné fin juin après avoir refusé de comparaître en février dernier devant une commission anti-corruption qui enquête sur des accusations de détournement de fonds publics sous sa présidence entre 2009 et 2018. Il nie toute malversation.

La Cour constitutionnelle a réexaminé lundi sa décision d’incarcérer Jacob Zuma. Son jugement sera rendu à une date encore indéterminée.

(Reportage Tim Cocks et Alexander Winning, avec Wendell Roelf au Cap et Tanisha Heiberg à Johannesburg; version française Jean-Stéphane Brosse et Nicolas Delame, édité par Sophie Louet et Jean Terzian)

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